Fabien Gordon Photographies

Etude de style

Le regard se porte sur le cadre de vie de l’Homme. Il est photographié de l’intérieur car le photographe en fait partie intégrante. Ces territoires parcourus, ce sont ceux-là même que j’arpente au quotidien. Ainsi, vivant en banlieue parisienne, cet espace devient thème : «Banlieue(s) territoires en devenir». Tout comme le territoire français, devient sujet : «Un paysage français».
Dans les deux cas, une même approche, à savoir susciter un décalage perceptif par la maîtrise formelle de l’image photographique et donner à voir, autrement, des lieux que nous partageons collectivement.
Dans "Homovacancis", l’être humain est étudié à travers son comportement. Posté en tant qu’observateur extérieur des scènes photographiées, tel un ethnologue, je m’interroge sur le mode de vie de mes contemporains.
Lorsque le territoire n'est pas le "mien", j’essaie de dépasser "l'exotisme" induit par la découverte de ce nouvel espace qu’habite une autre société. Au delà du folklore je cherche à capter les différences subtiles qui révèlent la profondeur de la différence (ces maisons si propres en Flandre, Ce Christ en affiche plus grand qu'une annonce publicitaire à Bogota...) Cette photographie trouve ses racines dans l'histoire de cet art, lorsque nouveau médium, les photographes parcourraient le monde afin d'en ramener un témoignage, une sorte de document qui fût longtemps considéré comme objectif. Elle aborde les mêmes thèmes que ceux des grandes commandes d'état ( Farm Security administration, DATAR ) et ne renie pas les postulats d'un A.Sander ou d'un W.Evans : une visée frontale, à hauteur d'homme, le cadrage généralement centré et équilibré, ou rien ne cède aux débordements d'émotions. Le rôle du photographe se limite au choix du sujet, au dépistage des détails signifiants, à un arrangement de lignes et de formes, sans effets perspectifs.
Par ces choix de lumière et de palette de couleur, qui empruntent au cinéma et à l'iconographie américaine, s’opère un glissement cognitif des images vers un ailleurs et une certaine subjectivité.

Parcours

Né en 1973 à Laval, je prend mes premières photos vers la fin des années 70 avec l’appareil Kodak instamatic offert par mon père. J’en garde le souvenir d’un petit format carré aux couleurs incertaines qui est probablement à l’origine de mon intérêt pour la photographie des premiers coloristes américains de cette période. Durant plusieurs années je fais mes gammes, j’apprend à développer mes films, et à réaliser mes propres tirages. Je poursuis des études universitaires en géographie (Deug Géographie 1995) dans lesquelles, J’apprend à lire un paysage et à en déduire l’organisation humaine. Je pense même à orienter mes études vers l’aménagement du territoire mais décide, en 1996, de me consacrer au médium photographique en préparant le concours de l’Ecole d’Arles. L’échec à ce concours d’entrée, s’il me marque, n’entame pas ma motivation et je n’en continue pas moins à pratiquer la photographie et à exercer plusieurs métiers dans ce domaines. En 1999, j’intègre «Les Gobelins, l’École de l’image» à Paris où pendant deux années je me perfectionne aux techniques et à la réalisation de commandes. J’ apprend notamment l’usage de la chambre photographique. Depuis lors (2001), photographe indépendant, je réalise des images pour divers commanditaires (institutionels, publicité, presse...) tant en studio qu’en situation de reportage. Cette compétence technique, acquise tout au long de ces années de pratique, est mise au service de mes recherches personnelles.